Qassem Soleimani, zone d'ombre sur un raid
L' exécution du général iranien Qassem Soleimani (à la fin de la guerre au Yemen) est un virage important dans la stratégie de gestion du périmètre allant de la mer Rouge, en passant par Bab El Mandeb vers le Golfe d’Aden via l’océan Indien.
La volonté des américains d’effacer leurs échecs nombreux et successifs des guerres en Irak et Syrie à travers un raid dronique impressionnant, nous est présentée comme un acte héroïque qui « débarrasse le monde » de la terreur iranienne, incarnée par Soleimani et ses collaborateurs régionaux vitaux.
Mais derrière cet acte final, presque hollywoodien se cache une stratégie, dont les ramifications soulignent les étapes précises d’une prise en étau, par les deux hommes forts du Golfe (Mohammed ben Salman, A.Saoudite et Mohamed Ben Zayed, Emirats arabes Unis appuyés par les pays occidentaux), de plusieurs ensembles régionaux, allant du Darfour aux côtes Est-africaines, et bien au-delà.
On peut néanmoins, se focaliser sur le raid et plusieurs incohérences peuvent interroger. Compte tenu du caractère important de la rencontre du général et de ses équipes mais aussi de la situation d’escalade et menaces multiples qui planaient, surtout depuis la récente attaque de l’ambassade US à Bagdad, on pouvait imaginer:
– que le tracking (positions géographiques) et les communications de la délégation allaient être techniquement brouillés ou leurrés (que s’est-il passé ? Y a-t-il eu intrusion/renseignements humains ?)
– on peut douter de la fiabilité technico-opérationnelle de la sécurité du groupe qui paraît légère, face aux moyens cumulés des pays occidentaux déployés sur ce terrain, qui démultiplient naturellement la puissance des capteurs (l’Iran a-t-elle les moyens de faire face au niveau pointu des équipements des pays occidentaux et contrer de telles attaques ? cf collaborations Israël/US et Israël/pays du Golfe).
– choisir d’opérer en Irak, n’est-ce pas la garantie de ne provoquer aucune représaille de la part d’un pays détruit militairement, qui de surcroît offre un périmètre géographique chaotique caractérisé par une situation peu sécurisable à 100% ?
A travers ce raid très symbolique, une certaine, mais ferme, reprise en main est signifiée par les acteurs influents sur ces territoires; elle ouvre certainement la porte à un nouveau chapitre. L’Iran et ses partenaires sont clairement avertis d’une détermination très forte de leurs adversaires d’accélérer leurs positionnements (gaz et pétrole offshore, contrôle du trafic maritime et des câbles sous marins…)